Crée ta vie

Quel rêve d’enfant as-tu enfoui ?

By 27 avril 2020 One Comment

Cela fait des années que je suis obsédée par le fait de trouver ma place en ce monde.

Appelle ça comme tu veux : trouver sa voie, sa mission de vie, sa zone de génie…

Il existe des tas de bouquins, méthodologies et articles qui prétendent t’aider à faire ça.
Et dans tout ce contenu, il  y a une question qui revient souvent :

« Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais petite ? »

 

L’idée derrière ça, c’est que forcément, gamine, tu savais déjà à quelle Grande Mission de Vie tu étais destinée.

En ce qui me concerne, ce genre d’exercice m’a toujours bloquée.
Parce qu’en fait, quand j’étais gamine, j’avais foutrement aucune idée de ce que je voudrais faire plus tard.
Mon rêve, c’était que le prince charmant m’emmène sur son preux destrier (visiblement, déjà à l’époque j’avais le désir de fuir ma vie… no comment).

Y’a des gamins, ils rêvent de devenir astronaute ou pompier.
Mais en fait, c’est juste pour la fusée et le camion rouge, hein. Parce qu’ils ont pas forcément tilté qu’astronaute, y’en n’a pas des masses, et pompier c’est pas comme dans Backdraft.
(Bon maintenant les gamins, ils veulent être youtubeurs ou pro gamers, les temps ont changé ma pauv’ dame….)

J’ai longtemps cru que mon rêve d’enfant, c’était de devenir vétérinaire.

J’ai bien dit : « j’ai cru ».

Je me suis déroulée le fil dans ma tête : en fait, ça ne venait pas de moi, cette idée, c’est un membre de ma famille qui me l’a soufflée (je crois que c’était ma grand-mère, paix à son âme).

J’avais aucune envie d’être véto, en fait. Vacciner des chiens et stériliser des chats, bof bof.

Parce que mon VRAI VRAI KIF quand j’étais petite, c’étaient les chevaux.

J’avais des bouquins avec les différentes races.

Je m’étais déjà choisi celui que j’aurai quand je serai grande.

Le hic, c’est que mes parents, ils avaient pas les sous pour me payer des cours d’équitation.

Les rares occasions où j’accédais à mon rêve, c’était à la fête foraine annuelle, parce qu’il y avait un manège avec des VRAIS chevaux !
Si j’avais pu, je n’aurais fait que celui-là (mais bon, mon frangin, ça le barbait, donc on allait AUSSI faire des auto-tamponneuses…).

Et puis je suis devenue ado, donc la fête foraine, ça se résume à faire les montagnes russes avec tes copines pour t’intégrer au clan, même si tu détestes ça.

Et t’as tes problèmes d’ado.

Donc tu commences à oublier ton rêve d’enfant (en écrivant ça, ça me rappelle cette scène poignante de Vice&Versa de Pixar, où l’ami imaginaire de la gamine disparaît peu à peu, car elle l’oublie.)

Et ton rêve, il se retrouve dans un trou au fond du jardin, que t’as creusé avec ta petite pelle en plastique, celle qui te servait à faire des châteaux de sable.

Et après, tu dois penser au bac, et aux études que tu feras après.
Et là, c’est sérieux, faut trouver un job avec la sécurité de l’emploi et qui paie bien (bon ça, c’était le message inconscient dans ma famille, t’as peut-être pas eu le même parcours).

Alors ton rêve… c’est à la pelleteuse qu’il faudrait creuser pour le retrouver.

Et les années passent.

Et passent.

Et 10, 20, 30 ans après, ton rêve, il est enterré façon station de forage à -10’000, comme dans cette bouse d’Underwater (si tu veux regarder un bon film de profondeurs, regarde plutôt Abyss… mais je m’égare).

La bonne nouvelle, c’est que l’Univers, il aime planquer des messages ici et là, l’air de rien.

Il m’envoie des piques, de temps en temps, pour voir comment je réagis.

Un ex qui me parle d’un « poulain qui lui était destiné ». Je réagis pas, mais au fond je suis jalouse.

Une camarade en école de kinésio qui me parle de ses chevaux ? Ah là, y’a une petite pointe d’agacement qui surgit, mais je lui fait vite fermer sa gueule.

Qu’importe, Il est patient, l’Univers.

Et Il recommence avec ses manies de me faire croiser des gens qui se paient des cours d’équitation, ou qui carrément possèdent des chevaux.

Et à chaque fois, cet agacement et cette jalousie que je ressens, je les chasse comme des moustiques.

Je veux pas voir que c’est là, tapi.

Parce qu’en fait, ce serait trop douloureux, de voir que ça fait 30 ans que j’ai mis un couvercle sur mon rêve de gamine.

Pis je me retrouve par hasard chez mes parents devant le spectacle d’Alex Lutz.
Le mec, je le connais à peine, vu que j’ai pas la télé.
Dans son dernier spectacle, il a intégré un cheval, un blanc, magnifique.
C’est à pleurer de beauté.

J’ai envie de pleurer.

Car je réalise que j’ai toujours pas ESSAYE de réaliser ce rêve-là.

Jamais j’ai pris un cours, même quand j’en avais largement les moyens.

Je n’ai pas osé m’y confronter.

(Et si en fait je détestais ça ?)

(Et si en fait j’étais pas fichue de rester sur le cheval ?)

Bon.

Là c’est confinement, donc c’est sûr que je vais pas pouvoir faire grand-chose.

Mais maintenant que c’est vu et accepté de ma part, je l’ai noté dans mes objectifs à court-terme, et ma vision à long-terme.

De poser ça sur papier, ça m’a ré-ouvert des perspectives.

Ça m’a redonné de l’énergie.

Parce que c’est pas du professionnel.

Parce que mes rêves de gamine, je suis pas obligée d’en faire un job (t’imagine pas comme ça m’a détendue d’écrire ça).

Parce que ça me fait sortir de mes obsessions de réussite professionnelle (un gros challenge, pour moi).

C’est soudain plus lumineux, joyeux et léger.

Et toi ?

C’est quoi le rêve d’enfant que tu as enterré ?

Il se passerait quoi, là, si t’allais le sortir du trou où tu l’as mis ?

 

 

 

Crédit photo : Rishabh Pammi - Unsplash

One Comment

  • benedicte dit :

    Pour ne pas dire que je suis sur le cul, je dirais que je suis sur les fesses, c’est pareil mais en plus poli… je crois que j’aurais pu écrire ce texte presque mots pour mots (bon pas le cheval, mais pour le reste c’est dingue…)

    merci pour cette vérité criante qui donne envie de se bouger

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